Les rudesses du climat

Depuis la naissance de notre plus vieil ancêtre, la nature a réservé de grosses surprises, mais aussi a généré de bien vilains dégâts.  Nos anciens ont connu des tremblements de terre, des tempêtes, des inondations, des orages, des raz de marée, du gel et des catastrophes diverses ayant souvent entrainé, mort, désolation et famine. Et il y eut aussi la misère et les dégâts des sécheresses et canicules…

Examinons quelles sont été les plus importantes catastrophes climatiques dans la région et les départements où ont vécu nos anciens (16, 17, 49, 79, 85, 86).

TREMBLEMENTS DE TERRE


Cette zone de France est une zone avec une activité sismique régulière, avec depuis 5 siècles plus de 160 séismes ressentis par l’homme jusqu’à 100 km de l’épicentre (sur près d’un millier de micro-micro séismes). Les deux départements avec la plus forte sismicité sont la Charente Maritime (et plus encore la zone allant de l’estuaire de la Charente à l’ile d’Oléron) et la Vendée alors que l’Anjou n’a comptabilisé que 400 séismes depuis 15 siècles.

On notera comme tremblements de terre importants (sur une échelle de dégâts allant jusqu’à 9 maximum) :

  • 4 séismes de 7 à 8 avec de très gros dégâts à toutes les constructions dont ceux des épicentres de Marans et Parthenay
  • 1 de puissance 7 à l’ile d’Oléron avec de nombreuses constructions abimées jusqu’à 90 km
  • 14 avec un niveau de 5 à 6 ayant occasionné de nombreuses fissures dans les maisons, chutes de cheminées etc. Les plus forts ont eu lieu à Mauzé, Benet, Loulay, St Hilaire des Loges.


On trouve peu de relation des tremblements de terre dans les registres sauf celui-ci, à Rouvres le 18 novembre 1709 : « il fit un vent si impétueux, avec un tremblement de terre si grand que bien des maisons et la plupart des arbres furent renversés… ».

A noter l’ancienne méthode chinoise de détection des séismes :
¤   Elle utilisait un vase de bronze comportant huit dragons sur le contour.
¤   Une bille était placée dans la gueule de chacun d'eux, prête à tomber.
¤   Lorsqu'un séisme avait lieu (à proximité relative), le vase de bronze tremblait et deux billes tombaient, l'une pointant vers l'épicentre, l'autre pointant à l'opposé.
¤   Les autorités pouvaient alors lancer 2 colonnes de secours…. une dans chaque direction, l’une étant la bonne

tempete-ile-de-sein-xl.jpg

TEMPETES ET RAZ DE MAREES

Cette région est soumise à des tempêtes violentes et des ouragans. En effet, contrairement à l’idée reçue où la Bretagne est la zone française de plus fortes tempêtes, la Charente Maritime et la Vendée appartiennent à l’une des 3 zones les plus tempétueuses (en vents de forces 11 et 12 - l’ouragan, force maximum). Ces zones les plus marquées :
¤    une ligne Rouen-Reims-Strasbourg
¤    le pied des Pyrénées
¤    la côte atlantique de Biscarosse à Noirmoutier

Pour nos anciens on note depuis 1698, 16 tempêtes de niveaux 11 et 12.

On a tous en mémoire Xynthia et ses conséquences, ou encore les violentes Lothar et Martin en 1999. Mais on oublie peut être que :

lothar.jpg¤    1969 fut terrible avec de nombreux morts sur la côte dont 30 aux Sables d’Olonne.
¤    En 1944, les 5 et 6 juin, une forte tempête passa au dessus des digues et noya une partie des terres autour de…. L’Aiguillon…. Nos anciens, Léonce entre autres, ont connu cet épisode (moins resté dans les esprits que le débarquement des américains en Normandie…).
¤    En 1924 vent et forte marée entrainent un raz de marée qui passe au dessus des digues de Noirmoutier et… L’Aiguillon…
¤    En 1896 des morts à La Rochelle, Fouras, Marans, Charon, La Faute et 9 aux Sables.
¤    En 1891, une tempête extrêmement violente s’abat sur la côte, de Rochefort à l’Ile d’Yeu. Les vents sont de force 11, proches de l’ouragan, mais surtout c’est une tempête de neige. A Marsilly, on aura après son passage des congères atteignant le balcon au premier étage de plusieurs maisons… Toits emportés, cheminées tombées, murs lézardés, forêts détruites à la fois par le vent et par  le poids de la neige, entraineront  outre les décès immédiats, des maladies et d’autres morts.
¤    1879, un ouragan ravagea une grande bande de terre allant de Niort à Dijon. 1/3 des forêts de la Vienne sont rasées…
¤    En 1698, L’Aiguillon est encore une zone recouverte par l’océan aux grandes marées, et une tempête submerge le lieu, envahit largement les terres du littoral de l’actuel anse de l’Aiguillon, arrache la moitié des constructions de St Michel en l’Herm et rase une partie de la forêt dite aujourd’hui de Benon…

Et pourtant l’homme continue à construire au bord de la mer et dans des polders… La mer y reviendra pourtant…

20147-43.jpgGEL ET GRANDS FROIDS

En 1879 et 1880 les températures sont exceptionnellement basses durant l'hiver (-25° à Angers, -23° à Parthenay) et provoquent l'embâcle de la Loire et du Thouet par une épaisse couche de glace. Un dégel soudain entraîne une montée des eaux et la dislocation de la banquise en d’énormes blocs, qui suivent le courant à grande vitesse et heurtent les piles des ponts.

conche-gel-laronde.jpgLe froid sur LA RONDE

La misère de 1789 et 1790 :
¤    L’hiver 1789-1790 commença sur toute la France fin septembre 1789. A PARIS, la Seine fut prise par les glaces à partir du 29 septembre. La débâcle n’eut lieu qu’à compter du 24 avril suivant.
¤    En Anjou l’embâcle de la Loire a commencé le 2 octobre. A Ancenis, en escaladant les énormes blocs de glace, on peut traverser le fleuve à pieds secs. A NIORT le port fut bloqué par les glaces durant 6 mois. Le dégel n’aura lieu qu‘à compter d’avril 1790. Le gel a brisé tous les bateaux. Les noyers sont gelés et périssent, et il n’y a pas de vendange.
¤    Il n’y eut donc pas de vin, peu de seigle. Avec la fonte, il n’y eut de partout que de terribles inondations, donc pas de blé en 1790, pas de baillarge, pas de choux, peu de légumes…
¤    Les registres sont emplis de ces nouvelles et de la misère qui s’en suit, il n’y a pratiquement pas de nouveaux nés… mais les morts se comptent à foison.

embacle-de-la-loire.jpgCi-dessus embâcle de la Loire en 1985

L’hiver précédent, 1788-1789 voit le pays vivre avec un climat épouvantable, et les conséquences sur la population sont terribles : famines, maladie, décès, perte de cheptel, ruine... Cet épisode est une des causes des révoltes de juillet 1789 et des années suivantes. Dans le sud du Maine et Loire et le nord des Deux Sèvres c’est non seulement spectaculaire, mais cela provoque de gros dégâts. Le 3 décembre 1788, il fait une grosse tempête de neige. Il en tombe plus de 1 mètre. Des congères de près de 1,90 se forment dans certains lieux de la paroisse. La neige restera sur le sol jusqu’au 15 janvier. Le 1er de l’an il fait à midi -18° à Montreuil-Bellay.

marais-gele-a-voutron-2.jpgCi-dessus, le marais de Voutron gelé

A Germond  en 1716  le curé écrit : « beaucoup de nège, jamais homme vivant les avaient vues si hautes… »

L’hiver 1709-1710 est inoubliable.
¤    Le prêtre de la paroisse de Fenioux, le curé Champion, au printemps 1710 écrit dans les registres de sa paroisse : « On regardera dans la suite des temps comme des choses surprenantes, extraordinaires et même impossible ce qui est arrivé dans la présente année mil sept cent neuf par rapport à la rigueur de l’hiver et aux gelées assassines qui y sont arrivées et qui ont été la cause d’une famine presque générale et qui ont produit des pertes dont on le ressentira plus d’un siècle… C’est presque tous les blés qui ont été gelés et on peut compter pour rien ce qui a resté…   Les arbres les plus grands les plus forts les plus vieux ont tous gelés en pays de Gâtines, tous les genêts et ageons ont été gelés et les hommes mourraient de froid sur les chemins et  même les oiseaux mourraient gelés et collés sur les branches…  Il n’y aura pas de fruits, ni de vin même dans les pays voisins … On attribue encore actuellement, de l’avis des médecins et chirurgiens, à cette gelée la cause de la grande mortalité et du grand nombre de maladies contagieuses qui règnent présentement presque dans tout l’univers ».
¤    Le curé de Germond écrit : « le froid a été si rude qu’il a gelé tous les arbres verds. Il a fait des verglats si considérables qu’il rendait les chemins impraticables, les tuiles cassaient, les maisons sembloient de glace… ». ».
¤    Celui de Pamplie indique : « le plus rude hyvert qu’on ait vu a fait de plusieurs milliers de victimes et les oyzeaux aussi ».

orage-x.jpgORAGES VIOLENTS

Le plus significatif est celui qui a fait d’énormes dégâts à Bressuire en 1917. En effet, le 13 mai une violente tornade et un monstrueux orage de grêle frappent la ville. L’armée est appelée en renfort pour sécuriser les commerces et pour déblayer les rues. Le lendemain midi, le tas de grêlons non encore fondus atteint encore près d’1,50 mètre dans les rues de la ville… La presse se rend sur les lieux pour immortaliser l’évènement (voir photo).

L’autre orage extraordinaire sur la région frappa Pamplie en 1710. Le curé écrit dans ses registres : « Le second jour de carême, il fit un orage si grand qui dura près de 7 heures, qu’il jetta plusieurs maysons et une infinité d’arbres… ».

crue-dans-le-marais-1.jpgCrue à IRLEAU

INONDATIONS

On parle toujours de 1910 comme plus forte crue. Et pourtant des crues beaucoup plus importantes ont eu lieu. Mais en 1910 la crue concerna Paris et donc elle éclipse les autres régions ! Et pourtant :

¤    en décembre 1982, on vit dans la vallée de la Loire la quatrième plus haute crue de l’histoire avec une hauteur de 6,40 m. Jamais il ne fut pourtant question de graver ce niveau dans la pierre… Dans la maison de la grand-mère de ma femme, l’eau atteignit le moteur du réfrigérateur au 1er étage à ROCHEFORT/LOIRE.
¤    la crue de 1910 arrive également en quatrième position et paraît un peu maigrelette avec ses 6,40 m alors que l’on en parla beaucoup car il y eut aussi une crue de la Seine et Paris fut inondé.
¤    Le 4 juin 1856, la crue de la Loire atteint 7 mètres au pont de SAUMUR. C’est le record des crues de la Loire. La Loire rompt ses digues et s’étale. A 20 km du lit du fleuve, les centres des villes de Beaufort et Longué sont noyés. La Loire envahit les carrières d’ardoises de Trélazé près d’Angers le 6 juin, provoquant la mort de 6 mineurs. Les mines seront arrêtées jusqu’en 1857.

crue-trelaze-ardoisieres.jpg¤    1866 nouvelles inondations de septembre-octobre. La Loire atteint 6,90 m.
¤    En 1843, on avait cru tous les records définitivement battus avec 6,70 m de niveau de la Loire à SAUMUR.
¤   1790 après le terrible hiver et le long gel, c’est la fonte des glaces. Le grand pont de Saumur est partiellement démoli. De nombreuses maisons furent détruites et l’on compta des milliers de morts le long de la vallée. Il est dit que plus de 100 personnes se noyèrent dans la seule paroisse de ST REMY LA VARENNE.

Dans les Deux Sèvres, le Thouet, la Sèvre Niortaise et un peu moins la Sèvre Nantaise sont à l’origine de graves inondations dont les plus importantes sur la sont celles de 1791, 1859, 1904 et surtout celle de 1936…

En 1791, Maillezais et Vix sont inondées. A Maillezais, le village est coupé du monde, sauf en bateau. Emergent de la crue les maisons du centre du bourg, celles du promontoire avec l’église. L’abbaye a les pieds dans l'eau. La campagne alentour est noyée totalement et seules les cimes des grands arbres dépassent de l'eau.

En 1859 ce sera la plus forte crue de la Sèvre Niortaise de l’histoire. Il y aura 70 cm d’eau dans l’église de Coulon.

niort-rue-baugier-inondation-du-17-fevrier-1904-mod.jpgEn 1904 le marais sera noyé, et les bas quartiers de Niort seront sous les eaux (voir carte postale ci-dessus).

En 1936 les dégâts seront considérables dès le début janvier. Le 4 janvier sera la journée la plus terrible.
¤    A LA LAIGNE la route de La Rochelle est sous l’eau, et il y a plus d’1 mètre d’eau dans le village où de nombreuses personnes sont évacuées.
¤    A MAUZE il y a plus d’1 m d’eau dans le quartier de la Péroterie et à SIMOUSSAIS il faut procéder à l’évacuation de nombreux habitants.
¤    NIORT subit également une très forte inondation : il y a près de 65 cm d’eau sur la route de St Jean à ST FLORENT du fait de la crue de la Sèvre… Alors les bas quartiers de Niort sont noyés, les personnes réfugiées dans les étages ou évacuées. L’armée participe au ravitaillement des sinistrés.
¤    Dans le marais, il y a plus d’un mètre d’eau sur la route d’Irleau après la Sotterie…

secheresse-france-meteo-france-mai-blogparfait.jpgSECHERESSES ET CANICULES


Pour nous qui vivons au XXIème siècle, la canicule c’est 1976… Il y en eut de bien plus sévère auparavant.

En 1604 et 1605, on traverse la Loire à pieds aux Ponts de Cé, à Magné il n’y a plus d’eau courante dans la Sèvre.
Entre 1612 et 1623, 4 étés caniculaires. En 1621, les puits creusés au centre de Cholet sont à sec. La Charente est à sec.
De 1652 à 1654, trois étés très chauds avec le Thouet asséché à Thouars.
En 1719, l’année est terrible.
¤    Février et mars il fait chaud et il ne pleut pas.
¤    En avril un coup de froid gèle les vignes eu nord de la Charente Maritime et en Anjou.
¤    De mai à fin septembre il n’y aura pas de pluie, uniquement des orages autour du 15 août.
¤    Pas de blé, pas de choux, pas de raves, pas de vendanges, pas de seigle, pas de blé noir, …  De nombreuses vaches sont mortes. On manque de lait…
De 1803 à 1805, trois années de bonnes vendanges sous des étés caniculaires. Mais à L’Epinay, paroisse de la Chapelle Saint Florent, le meunier se jette du haut de son moulin (l’ancien moulin) car, comme partout en Anjou, il n’a pas de grain à moudre.
La dernière grande sécheresse avant le XXème siècle est de 1874. De nombreuses vaches crevèrent en Gâtine

1260-frad063-22fi-00118-0001.jpgET LA RUDESSE DU CLIMAT ENTRAINE

LES AUTRES MAUX DE LA TERRE


Voici la reprise intégrale d’un acte de décès de la paroisse de Magné de 1771 rédigé par le curé Genet :

« Le vingt trois juillet mil sept cent soixante onze, Mathurin Ganneau, bordier à la Charbonnière maître et curateur à personne et biens de Pierre Menard âgé d’environ douze ans fils de deffunt Jean Menard et de Perinne Clémenceau…nous est venu avertir que le matin il avait trouvé dans le champ nommé La Tremblaie de cette paroisse le corps du dit Pierre Menard démembré déchiré et dévoré par la voracité des loups et autres bêtes féroces… Lequel ayant recueilli avec toute l’exactitude possible les restes d’ossements il nous les a apporté à inhumer dans le cimetière du lieu… ». 

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